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    26 janvier 2016 / Année 2015 compliquée pour le commerce de détail fribourgeois

    LA LIBERTE/26 JANVIER 2016

    Les détaillants du cru souffrent

    ÉCONOMIE • L’année 2015 a été «compliquée» pour le commerce de détail fribourgeois, selon Christian Riesen. Le président de la faîtière cantonale évoque les mues que connaît le secteur.

    FRANÇOIS MAURON

    Depuis une année, la cherté du franc plombe l’économie fribourgeoise, en particulier l’industrie d’exportation. Mais elle n’est pas la seule à souffrir. Le commerce de détail est aussi affecté par le poids de la monnaie nationale, qui a fait baisser ses marges. Cela alors que la branche est bouleversée par les achats en ligne, toujours plus nombreux. Le point avec Christian Riesen, président de la Fédération cantonale fribourgeoise du commerce indépendant de détail, laquelle regroupe 800 membres.

    Manor a annoncé récemment la fermeture de son magasin de Morat. Parce qu’il n’est plus rentable. Est-ce symptomatique des difficultés que rencontre la branche dans le canton?

    Christian Riesen. Effectivement, c’est symptomatique. D’une part un groupe d’importance nationale estime qu’un point de vente doit disposer d’une certaine surface, en l’occurrence 1500 m 2 , pour permettre de dégager une rentabilité. Des conditions qui ne sont pas réunies à Morat, où le magasin est plus petit. D’autre part, cela témoigne du combat que le commerce de détail doit mener face à la concurrence du marché en ligne – même si les acteurs sont parfois les mêmes. Ce sont des phénomènes qu’on ressent, dans notre canton comme ailleurs en Suisse.

    Les consommateurs vont donc moins dans les magasins et achètent davantage via internet?

    C’est une réalité. Le commerce de détail doit en tenir compte et se réinventer. Manor répond à ce défi en misant sur des espaces de vente plus grands pour accueillir les clients. De manière générale, les acteurs de notre branche doivent offrir aux consommateurs une expérience exceptionnelle, différente. Il faut donner envie aux gens de se déplacer, plutôt que d’effectuer leurs achats en tapotant sur leur clavier d’ordinateur, leur tablette ou leur smartphone, dans les transports publics en rentrant du travail.

    Une expérience exceptionnelle, différente… Concrètement, qu’est-ce que ça signifie?

    Cela veut dire faire attention aux relations humaines, prodiguer des conseils de qualité, faire vivre une expérience d’achat. Les clients doivent pouvoir voir les produits, peut-être les toucher, dans un environnement plus agréable, qui leur donne envie de franchir le pas. Sur internet, les magasins sont ouverts 24 heures sur 24 mais l’accueil est froid, et on ne peut pas sentir les produits. C’est pourquoi les détaillants fribourgeois devront sans doute réfléchir aux meilleurs horaires d’ouverture, pour qu’ils soient mieux adaptés aux modes de vie, ainsi qu’au choix et à la présentation des marchandises qu’ils proposent dans leur commerce. Sans parler de l’accueil, qui est primordial. Il faut donner de la valeur à tous ces services.

    Vous souhaitez un élargissement des horaires des commerces, notamment le samedi. Il s’agit d’un vieux combat au plan cantonal. Mais cela signifierait aussi une péjoration des conditions de travail du personnel de la vente.

    Je souhaite surtout une plus grande flexibilisation des horaires correspondant aux besoins des commerçants fribourgeois. En ce qui me concerne, les enseignes que je dirige sont fermées le samedi après midi. Un élargissement des heures d’ouverture ne me serait donc pas utile. En revanche, une telle mesure pourrait l’être pour d’autres détaillants car cela leur permettrait d’augmenter leur chiffre d’affaires. Que ça soit le samedi en fin d’après-midi ou alors en semaine, tôt le matin. Ce serait, dans ce domaine aussi, une manière de coller au plus près à la réalité quotidienne du public.

    Sans doute, mais ça péjorerait les conditions de travail des vendeurs.

    En êtes-vous sûr? Si on fixe un cadre avec un nombre d’heures obligatoires par semaine, cela péjorerait-il réellement les conditions de travail? Je n’en suis pas certain. Il y a beaucoup de monde qui a envie de travailler. Et dans les cantons voisins, les employés qui terminent à 17 heures le samedi n’ont certainement pas des conditions de travail moins bonnes que leurs homologues fribourgeois. Celles-ci sont simplement différentes mais les travailleurs ne font pas plus d’heures par semaine qu’ici.

    Sentez-vous les effets du franc fort sur le commerce de détail fribourgeois?

    Oui, d’autant plus que la cherté de la monnaie nationale stimule les emplettes sur internet et le tourisme d’achat. Le franc fort s’est traduit par une chute des prix, accompagnée par une réduction des marges et des chiffres d’affaires. Pour compenser ce phénomène, nous essayons de vendre davantage de produits. Mais la situation économique – nous sommes loin d’une surchauffe – n’est pas favorable. Conséquence: l’année 2015 a été compliquée pour les acteurs du commerce de détail. Chacun essaie de prendre des parts de marché à ses concurrents, les combats sont quotidiens. Il faut aussi être inventif. Pour ma part, j’ai accru le volume des importations directes, pour présenter des prix compétitifs.

    Les commerçants fribourgeois affirment désormais sentir eux aussi les effets du tourisme d’achat hors des frontières suisses. Ce phénomène est-il quantifiable?

    Il n’existe pas de données au niveau cantonal. Mais, de façon empirique, on peut observer que nombre de Fribourgeois vont faire leurs courses en France voisine. Avec la différence favorable du taux de change, en tout cas lors du premier semestre de 2015, cela a été la ruée vers ce nouvel eldorado. A présent, la situation s’est un peu calmée. Ce n’est quand même pas évident de multiplier les kilomètres pour effectuer ses courses hebdomadaires. Mais certaines habitudes ont été prises, qui n’existaient pas auparavant.

    La croissance démographique du canton de Fribourg est en train de fléchir. Quel effet aura ce phénomène sur le commerce de détail?

    A terme, le risque est que le bassin de population stagne et que la demande soit en berne. L’offre en commerces de détail s’est beaucoup accrue ces dernières années dans le canton de Fribourg. Elle pourrait, selon l’évolution démographique, devenir pléthorique par rapport à la demande. Il n’est pas possible de prédire l’avenir mais il faut être attentif à la situation, notamment si l’on songe à ouvrir de nouvelles surfaces de vente. Il est clair que si la croissance de la population continue de fléchir, il risque d’y avoir des surcapacités.

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